Femme chef traditionnel

Naaba Saaga 1er de Issouka a voulu humblement contribuer à écrire positivement l’histoire du peuple Moagha le 3 février 2007, en intronisant une femme cheffe traditionnelle : Ainsi l’histoire retiendra que Napoaka Ziiria été la première femme intronisée en bonne et due forme. Elle a la soixantaine. A l’état civil elle répond au nom de Mme Kaboré et est l’épouse de feu M. Yabré Yameogo, originaire de Issouka. Elle est mère de 5 enfants sur 10 maternités et vit depuis plus de 50 années à Issouka le premier quartier de Koudougou. Femme exemplaire et très respectée, humble et sage, elle s’est présentée devant Naaba Saaga 1er accompagnée d’un grand groupe de femmes, avec un panier plein de soumbala, un autre d’arachides et une poule, ce sont ses présents au féminin remis  au chef de Issouka, pour "chercher le naam" celui qui allait lui permettre de régner désormais sur sa zone de règne et sur toutes les femmes de la localité. Pourquoi un tel geste qui semble bousculer les préétablis ?


Dans le paysage de la chefferie traditionnelle et coutumière du pays Moagha la femme a toujours été présente et comme les sociétés  organisées elle garde discrètement sa place, celle de la mère du roi, du Chef… Les griots du reste en chantant les louanges du roi ou du chef évoquent le nom de sa mère en première place dans les citations. Le roi ou le chef ne peut être intronisé que si la mère est la première femme légitime dont le mariage coutumier a été normalement célébré par les anciens. Un enfant illégitime voit le trône s’éloigner de lui quand vient le moment.  Au décès du roi ou du chef c’est souvent une femme en l’occurrence la fille ainée qui occupe le trône vacant pendant l’inter règne pour assurément éviter d’éventuel usurpation du pouvoir par un homme. La reine mère tout en recevant les honneurs peine toujours de voir son fils ainé souffrir dans le dur apprentissage formation qu’un futur responsable de son rang doit subir. Elle doit rigoureusement veiller sur le nouveau-né pour éviter qu’il soit empoisonné ou éliminé par les coépouses toujours jalouses.


Dans la légende du peuple Moagha c’est une femme qui fut au début de la création de cet empire en donnant au monde un fils du nom de Ouédraogo de sa liaison avec un chasseur nommé Riale. Yennega est son nom et elle est aujourd’hui l’emblème du Fespaco  au Burkina. Même au niveau des autres peuples de l’Ouest Burkina une femme nomme Gimbi Ouattara reste une pièce maitresse dans leur histoire. La femme ainsi garde une place prépondérante dans la vie des royaumes d’ici et d’ailleurs. Dans la sous-région nous avons en Côte d’Ivoire la reine Pokou dans leur histoire. En Europe nous voyons la reine d’Angleterre qui unit les Anglais quand les doutes apparaissent. Son règne fut elle symbolique s’étend sur le canada, l’Australie, la Nouvelle Zelande. Le monde moderne avec ses habits de démocrate a commencé à changer en acceptant de hisser des femmes à la tête de leur pays. Nous avons de plus en plus d’élues femmes dans les hémicycles, de ministres femmes, et de présidentes femmes comme au Liberia Ellen Johnson Sirleaf. Aux Etat Unis, Hillary Clinton est aux portes de la maison blanche.


Toutes ces raisons en plus de mes fortes convictions que la femme en dépit de tout ce que l’on peut dire qui du reste n’a pas un solide fondement, doit prendre part à la gouvernance de nos entités respectives. J’ai décidé alors d’introniser une femme. Cela n’a pas été du tout facile. Les habitudes séculaires ont la peau dure et ne se laissent pas bousculer aisément. Mais l’essentiel est de rester fidèle à la ligne sans dérives, dans un respect scrupuleux de la tradition. Ce qui n’a jamais existé n’est pas forcément un interdit. Tout au contraire cela va à l’encontre de ceux qui pensent que la tradition est restée ringarde, qu’elle brime les femmes, en somme qu’elle est rétrograde et bien non et non. Dans la tradition les bonnes mœurs sont plus nombreuses que les mauvaises.Méfions-nous de confondre tradition et instinct égoïste de l’homme. Chez les YAMEOGO d’Issouka l’excision est interdite selon la tradition. Nous devons promouvoir ces traditions positives et montrer à la face du monde les valeurs solides de nos traditions qui ont accompagné la vie de nos ancêtres depuis des millénaires.


Naaba Saaga 1er

Biographie de Naaba Saaga 1er

Naaba Saaga 1er  est intronisé 6eme chef de Issouka le 29 Janvier 2005 par le Lalle Naaba Saneem..
A son tour il intronisera le 3 février 2007 pour la première fois dans l’histoire du peuple Moagha une femme Cheffe traditionnelle : Naaba Ziiri, et cinq autres chefs de zones pour l’aider à gouverner.

 

Filiation

Petit fils de Naaba Boulga qui trône a l’entrée du palais de Maasme à Issouka Koudougou, Naaba Saaga1er est né sur les rives du Boulkiemdé de Naaba Siigri et de Koudbi Ouedraogo. Il grandit à l’ombre de son grand père qui régnait avec justice sur le territoire d’Issouka ce premier quartier de la ville de Koudougou. C’est aussi sous la protection de sa grand-mère Tiibo ZONGO de Goanghin qu’il apprit les premières valeurs cardiales de la vie. Il suivait et écoutait avec passion les règlements des litiges ainsi que les différents arrangements pour le renforcement du vivre ensemble que ce grand père donnait a toutes celles et ceux qui venaient a lui. Ce grand père allait souvent répondre aux appels du Lalle Naaba  chef de cette province du Moogho.

 

Etudes scolaires

Le Petit futur Naaba Saaga1er est allé à l’école du blanc pour apprendre à comprendre mieux le monde, pour ouvrir ses horizons, et devenir  ainsi un citoyen planétaire tout en gardant ses valeurs puisées de ses racines d’Issouka.  Ce fut à l’école Communale Centre A de Koudougou alors dirigée d’abord par Joseph Taarb YAMEOGO puis par Pakayoba Denis ZONGO. Il passa six annéesà apprendre à lire et àécriredans la langue de Molière. Il apprit les calculs, la géographie et bien sur l’histoire de nos ancêtres les Gaulois  qui était du reste celle de la  douce France qui avait colonisécette partie de l’Afrique  appelée la Haute Volta.

 

Ce fut des années heureuses parce qu’innocentes et pleines de curiosités. Des maîtres d’écoles engagés, exemplaires et tout dévoués à leurs écoliers. Il a appris la morale tous les matins. Il a exécuté les punitions comme le pilori sans rechigner. Avec ces camarades tous les matins avant d’entrée en classe il chantait avec fierté le Fière Volta de nos aïeuls  notre ancienne hymne national pour accompagner la montée du drapeau noir blanc rouge de l’époque. Il était absolument interdit de parler en langue autre que le français au risque de se promener toute la journée avec un crane de bœuf que l’on appelait le Symbole.

 

Rencontre avec le catholicisme

La vie exemplaire de ceux qui venaient évangéliser son peuple dans le catholicisme l’inspira à tel point qu’il demanda à entrer sous les ordres pour devenir lui-même prêtre catholique. Sous l’encadrement des premiers pères blancs qui fondèrent la paroisse Mukassa notamment les Pères Bernard FAIVRE, Michel FRAYRET et Louis FOURNIER, il fut présenté aux pères Camilliens qui venaient d’ouvrir un Juvénatà Ouagadougou. Le Père Gaetano de SANCTIS l’admis dans cet établissement. Encore des temps heureux de grande formation humaine et spirituelle sous la direction des pères Andrea AMENDOLA et Celestinodi GIOVAMBATTISTA qui devaient le conduire au service des malades pour les soins de leur corps et de leurs âmes. Il découvrit que finalement il pouvait servir ses semblables sur d’autres sentiers de la vie.

 

Etudes supérieures

Il entreprit des études de Sociologie à l’université de Ouagadougou puis de communication à l’Université de Bordeaux III. L’appui de la famille COLL a été déterminant dans cette partie importante de sa vie estudiantine.  Ces années universitaires furentles grands moments de réflexions sous la penséed’Auguste Compte qui inventa la Sociologie au 18 e siècle. Les réflexions des penseurs comme Pierre BOURDIEU, Raymond ARON, Emile DURKHEIM, Max WEBER et bien d’autres développèrent son esprit critique sur la société et aussi sur les humains. La communication vint après avec les différentes théories des grands auteurs en la matière. Toutes ces années de formation ont bien pétri la personnalité du jeune étudiant. Il suivi un stage au Ministère français de la Coopération rue Monsieur à Paris et après un temps passé au service de documentation de l’Ambassade de France il rejoignit l’UNICEF en 1991. Il exerce la fonction de chargé de plaidoyer dans cette Institution chargé de la promotion et de la protection des droits de l’enfant.

 

Vie de famille

Naaba saaga1er a épousé Suzanne OUANDAOGO et est père de deux garçons et d’une fille.Il puise les valeurs positives de la chefferie traditionnelle pour aider la population àréussir les paris du développementintégral. Il fut le premier chef traditionnel du Burkina Faso àêtreinterviewédans les studios de  la radio des Nations Unies à New York sur les questions de développement, de paix, des droits humains, de promotion des droits de la femme et des enfants, de la protection de l’environnement, de la bonne gouvernance…

 

À l’état civil Modeste YAMEOGO eut en somme une enfance difficile, formatrice mais combien heureuse. Il a voyagé dans beaucoup de pays du monde et parle en plus du Moore, la langue de sa mère, le Français, l’Anglais, l’Italien et comprend bien l’espagnol. Il aime positiver tout ce qui lui arrive dans la vie et cherche toujours à aller de l’avant en entrainant les autres dans son enthousiasme et dans ses rêves...

Présentation de la chefferie

 

Chez les Mossi, il y a deux types de chef :

  • Le chef traditionnel, celui qui possède le nam (pouvoir) et qui a en charge la gestion politique de la population. La succession est assurée par le lignage.
  • Le chef coutumier ou chef de terre. C’est lui le gardien des fétiches. C’est à lui qu’incombe de procéder aux rites coutumiers ainsi que d’ordonner les sorties des masques. La succession est gérontocratique. C’est avec Naaba Oubri que les chefs coutumiers ont été établis pour les sacrifices pour avoir de bonnes saisons, la paix et le bonheur pour le royaume.

L’arrivé des mossi dans la région de Koudougou remonte au XIVème siècle, et la création des chefferies traditionnelles à 1930. Cet écart dans le temps s’explique par la position géographique de Koudougou. A la limite du royaume mossi de Ouagadougou, proche du territoire Gouroussi, Koudougou a pendant longtemps été influencé par l’organisation sociale des Gourounsi.

Le chef traditionnel responsable de Koudougou, le Lallè Naaba, résidait dans son village à 70 kilomètres de la ville et avait sur cette dernière peu d’influence. C’est l’administration coloniale qui a déplacé le Lalléè Naaba de Siglé, la capitale du canton de Lallé, à Koudougou et fait nommer des chefs traditionnels dans les quartiers de la ville pour ses besoins officiels.

YAMEOGO, l’origine du nom.

Naaba Wubri, troisième Noogho Naaga et fondateur du royaume de Ouagadougou, eut un frère aîné du nom de Guigma. Ce dernier ne voulait pas de l’héritage de son père, Naaba Zoungrana. Il voulait édifier par lui-même un état qui lui soit propre et dont il serait le fondateur. En quittant le domaine familial il dit aux siens : “m na ti yãmba weoogo’’ (je vais aller occuper la brousse).

Comme Naaba Guigma des chasseurs de cette époque, tel Bassanga, quitte le village natal pour aller conquérir un territoire qu’ils vont ériger en chefferie. Ils prennent “yãmb weoogo’’ pour nom de guerre et leurs descendants en font leur Sondre (nom de famille).

Les chefs d’Issouka

  • Naaba Boulgo : 1930-1962
  • Naaba Siigri : 1965-1980
  • Naaba Baogo : 1983-2001
  • Naaba Saaga 1er : depuis 2005